Le menhir de Saint Uzec

 

 

C'est à Pleumeur-Bodou, dans les Côtes d'Armor, que l'on trouve l'un des plus beaux et des plus grands menhirs, celui de Saint Uzec.

 

Le menhir de Saint Uzec, en breton Kalvar Zant Uek, fut érigé entre 5000 et 4000 ans avant J.C.

Il mesure un peu plus de 7m50, sans tenir compte de la partie enterrée car il serait, dit-on, deux fois plus profond en terre.

Sa christianisation remonte au XVIIe siècle suite à une mission effectuée dans le Trégor par le Père Maunoir en 1674.

 

 

Sur la face sud, des "arma christi" ont été sculptées. Cette iconographie fréquente au XVIIe siècle, revêt ici une qualité exceptionnelle qui a fait la célébrité du menhir de Saint Uzec. Tous les instruments de la Passion représentés sont rapportés dans les Evangiles. Seul le voile de Véronique fait exception.

En haut, à  gauche et à droite, les représentations de la lune et du soleil permettent de riches interprétations : le passage des Ténèbres à la Lumière avec la mort du Christ le vendredi saint et sa résurection trois jours plus tard. Ils peuvent symboliser aussi l'universalité du christianisme, né et répandu dans un monde romain qui s'étendait de l'Est à l'Ouest.

 

 

Dans le bas, on remarque un crâne qui pourrait être celui d'Adam. Une légende raconte qu'il fut enterré sous la colline du Golgotha, où eut lieu la crucifixion.

 

Sur la face nord du menhir, les sillons verticaux, résultat de l'érosion, évoquent facilement l'image d'une femme en mante de deuil.

Les anciens prétendait que ces sillons avaient été creusés par le sang coulant des plaies du Christ crucifié sur la croix fichée au sommet du menhir.

On donne également une autre version au sujet de ces traces. En effet, on raconte que ce sont celles d'une femme de l'Île Grande, une géante. Elle avait fait le voeu de transporter dans la devantière de son tablier, la longue pierre jusqu'au sommet du Méné-Bré. Mais arrivée au haut de la côte de Penvern, elle n'en pouvait déjà plus et l'avait laissée tomber par terre. Un homme venant à passer lui dit alors : "Tu resteras là, à moins que tu ne redresses la pierre pour la planter là debout." Dans un sursaut d'énergie, la "gwrac'h" l'avait à nouveau chargée sur ses épaules, puis transportée jusqu'à l'endroit indiqué et l'avait fichée si profondément en terre, qu'elle y est restée depuis.

 

Egalement, on peut remarquer à l'arrière du menhir, une importante cavité oblongue aux bords arrondis. On note aussi deux légères dépressions au-dessus et au-dessous. Une habitante  du secteur expliquait autrefois que c'était la Vierge qui avait apporté le menhir à cet endroit pour que l'on puisse y graver les instruments de la Passion de son fils. En portant ce lourd fardeau sur son dos, elle avait laissé les marques de sa tête et de ses épaules.

 

 

La croix qui surmonte le sommet du menhir a été ajoutée au moment de la christianisation.

 

 

Jusqu'au début du XXe siècle, les sculptures étaient colorées et au dessous était peint un Christ en croix aujourd'hui effacé par les intempéries.

 

Anatole Le Braz prétendait que les gens du pays appelaient le menhir également, Tudec ou Tadec sans pour autant pouvoir en dire plus sur le personnage. Il concluait : "C'est encore un de ces vieux thaumaturges insulaires dont l'image achève de disparaître dans l'oubli."

Toutefois, à la fin du XIXe siècle, le sanctuaire et sa fontaine continuaient d'être fréquentés principalement le jour du pardon qui a lieu le deuxième dimanche de juillet. S'y rendaient en particulier les femmes nourrices de la région qui n'avaient pas assez de lait comme l'affirme un dicton trégorrois : Sant Tudeg hag ar baotred, A ro laezh d'ar merc'hed (Saint Uzec et les hommes donnent du lait aux femmes). Afin d'obtenir cette grâce, d'aucunes se lavaient le bout du sein avec l'eau de la fontaine, les autres s'en répandaient quelques gouttes sur la poitrine.

Le même saint se souciait également des animaux. On allait le trouver dans sa chapelle où, moyennant quelques prières et une motte de beurre, on lui demandait en retour de protéger les chevaux ou d'augmenter la production laitière des bovins.

 

D'autres rites se pratiquaient également autour du menhir. Ainsi, des mamans venaient trois vendredis de suite faire trois fois le tour du kalvar avec les bébés qui tardaient à marcher. Le principe de circumambulation était certainement appliqué pour d'autres demandes comme le montre sur certaines cartes postales le tracé fortement marqué dans le sol par le piétinement autour du menhir.

Enfin sous la révolution, les dévots se rassemblaient autour du menhir pour dire leurs prières la nuit et des prêtres proscrits les y rejoignaient pour leur administrer les sacrements.

 

Sources :

Extrait de l'article de Daniel Giraudon, paru dans le Trégor le 9 juillet 2009

 

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