La ville d'Ys

 

 

Ys, parfois appelée « Ker Ys » (« Ker Is » en breton), est une ville légendaire de Bretagne, qui est censée avoir été construite dans la baie de Douarnenez ou au large de celle-ci, puis engloutie par l'Océan.

 

Gradlon et Malgven

Le roi Gradlon de Cornouaille possédait de nombreux navires qu'il utilisait pour faire la guerre aux lointains pays du Nord. Stratège hors pair, il gagnait la plupart des batailles et pillait les vaincus. Il amassait les richesses.

Mais un jour, ses marins fatigués de tous ces combats refusèrent d'assiéger un château. Le roi les laissa repartir en Cornouaille et il resta seul dans le Nord. Quand il fut seul il vit une femme rousse : Malgven, la reine du Nord, se tenait devant lui. Elle lui dit : « Je te connais, tu es courageux et adroit au combat. Mon mari est vieux, son épée est rouillée.

(Le fait qu'une épée soit rouillée veut dire qu'elle n'a pas servi pendant longtemps. Ici, Malgven sous-entend que son mari ne s'est pas servi de son épée depuis longtemps et ne sait plus se battre. D'ailleurs, certaines versions de la légende précisent que ce mari était également un ivrogne qui ne pensait qu'à son vin. Si bien que, selon une variante, qui dit que les soldats de Gradlon ne se sont mutinés qu'après plusieurs mois de siège, il ne s'est, à aucun moment, rendu compte que la ville était assiégée (le siège avait pourtant duré tout l'été et les quelques premiers jours de l'automne).

 Toi et moi allons le tuer. Ensuite, tu m'emmèneras dans ton pays de Cornouaille. » Ils tuèrent le roi du Nord et enfourchèrent Morvarc'h (« cheval de mer » en breton), le cheval magique de Malgven. Il était noir, crachait du feu par ses naseaux et était capable de galoper sur la mer.

(La légende dit que cela était dû au fait qu'il courrait tellement vite que ses sabot n'avaient pas le temps de s'enfoncer dans l'eau).

Ils rattrapèrent les navires de Gradlon.

Gradlon et Malgven restèrent longtemps en mer, si bien que Malgven donna naissance à une fille, Dahut, mais la reine en mourut. Selon une variante,elle ne mourut pas mais du quitter les autres occupants du bateau quelque temps après la naissance de Dahut parce que l'heure était venue pour elle de retourner dans son monde.

La fuite du roi Gradlon, Evariste-Vital Luminais, Musée des Beaux-Arts, Quimper

Ys

Dahut était passionnée par la mer et demanda à son père de lui bâtir une cité marine. Ainsi fut fait et la ville d'Ys fut construite sur le fond de la baie de Douarnenez.

(Une variante affirme que la Bretagne s'enfonce très lentement dans la mer et que la ville d'Ys aurait été fondée plus de 2000 ans avant Gradlon à un endroit qui se trouve au large de l'actuelle baie de Douarnenez et qui, à l'époque, était encore émergé mais, au début du règne de Gradlon, était protégé par une digue car la ville se trouvait alors en dessous du niveau de la mer à marée haute.)

Une très haute digue empêchait l'eau d'y pénétrer et seule une porte de bronze, dont la clef était en permanence avec Gradlon, permettait d'entrer ou de sortir de la ville. Ys était la plus belle et la plus impressionnante ville du monde, mais devint rapidement, malgré les sermons de Saint Guénolé, la ville du péché sous l'influence de Dahut (aussi appelée Ahès). Celle-ci organisait des orgies et avait l'habitude de faire tuer ses amants une fois le matin venu, si bien que Dieu décida de la punir.

Un jour, un chevalier vêtu de rouge vint à Ys. Dahut lui demanda de venir auprès d'elle et un soir, il accepta. Une tempête éclata en pleine nuit, on entendait les vagues frapper avec violence la porte de bronze et les murailles. Dahut dit au chevalier : « Que la tempête rugisse, les portes de la ville sont solides et c'est le Roi Gradlon, mon père, qui en possède l'unique clef, attachée à son cou », à quoi il répondit : « Ton père le roi dort, tu peux maintenant t'emparer facilement de cette clef. » Dahut vola la clef à son père et la donna au chevalier, qui n'était autre que Satan. Le diable ouvrit la porte de la ville. — Une autre version prétend que ce fut Dahut elle-même qui les ouvrit. — Une vague aussi haute qu'une montagne s'abattit sur Ys. Le roi Gradlon et sa fille montèrent sur Morvarc'h, le cheval magique. Saint Guénolé vint près d'eux et dit à Gradlon : « Repousse le démon assis derrière toi ! » Gradlon refusa d'abord, mais il finit par accepter et poussa sa fille dans la mer. L'eau recouvrit Dahut qui devint une sirène. (la légende précise que cette sirène avait une apparence parfaitement humaine et, donc, n'avait pas l'apparence chimérique que l'on attribue aujourd'hui aux sirènes)

Gradlon se réfugia à Quimper, qui fut sa nouvelle capitale. Une statue équestre de Gradlon fut faite et elle est toujours aujourd'hui entre les flèches de la cathédrale Saint Corentin à Quimper. On dit que les cloches des églises d'Ys peuvent encore être entendues en mer par temps calme. Une légende dit que quand Paris sera engloutie, resurgira la ville d'Ys : Pa vo beuzet Paris, Ec'h adsavo Ker Is (Par Is signifiant en breton « pareille à Ys »).

Photographie © Pascal Pérennec

http://www.quimper.fr/

 

 

Article de Claude Devries sur Bretagne Net :

Au XIXe siècle, plusieurs auteurs ont mis leur talent au service de ce récit mythique. Théodore de la Villemarqué évoque ce thème dans son Barzaz-Breiz.
En 1850, Olivier Souvestre, de Morlaix (à ne pas confondre avec Emile Souvestre, l'auteur des Derniers Bretons), crée une longue gwerz de plus de 200 vers : "Gwerz ar roue Gralon ha Kear Is".
Elle est très populaire dans toute la Bretagne.
Qui ne connaît son premier vers : Petra'zo nevez e kêr Is.

Il n'est pas dans l'histoire de la Cornouaille figure plus populaire que celle du roi Gradlon.
Aujourd'hui encore, malgré les sévices de la révolution, la statue équestre de Gradlon trône dans les airs entre les deux flèches de la cathédrale de Quimper.

Yann-Fañch Kemener a interprété cette gwerz qui est celle de l'éternel combat du Bien et du Mal, de Dieu et du Diable ...
Premiers couplets.


 

Gwerz Kêr Is

Petra 'zo nevez e kêr Is
Maz eo ken foll ar yaouankis,
Mar glevan me ar binioù,
Ar Vrombard hag an telennoù.

E Kêr Is n'eus netra nevez,
Met an ebatoù 'vez bemdeiz,
E Kêr Is n'eus nemet traou gozh,
Hag an ebatoù 'vez beb noz.

Bodennoù drez 'zo diwanet,
E dor an ilizoù serret,
Ha war ar baourien o ouelañ,
E hiser ar chas d'o drailhañ.

Ahes merc'h ar Roue Gralon,
Tan an ifern en he c'halon,
Ar penn kentañ deus an diroll,
A gas ar gêr d'he heul da goll.

Sant Gwenole gant kalonad,
'Zo bet meur a wech kaout he zad,
Ha gant druez an den doue,
A n'eus lavaret d'ar Roue :

"Gralon, Gralon, lakaet evez,
D'an disurjoù a ren Ahez,
Rak tremenet 'vo an amzer,
Pa skwilho doue e gonner".

Hag ar Roue fur spouronet,
D'e verc'h en deus bet kelennet;
Met diskaret gant ar gozhni,
N'eus mui an nerzh da stourm outi.

Ha skuizh gant rebechoù he zad,
Evit mont deus e zaoulagad
En deus graet gant drouksperejoù,
Ur pales kaer tost d'ar sklujoù.

Eno, gant heh amouroujen,
Ema fenoz an abadenn,
Eno, en aour hag en perlez,
Evel an heol a bar Ahez.
 
La complainte de la ville d'Ys

Qu'y a-t-il de nouveau dans la ville d'Ys,
Puisque la jeunesse est aussi folle.
Puisque j'entends ainsi les biniou,
Les bombardes et les harpes.

Il n'y a rien de nouveau dans la ville d'Ys,
Seulement les ébats de tous les jours,
Il n'y a en la ville d'Ys que des vieilles choses,
Et des ébats de toutes les nuits.

Des bosquets de ronce ont poussé,
Dans les portes des églises fermées,
Et sur les pauvres pleurant,
On excite les chiens à les mordre.

Ahès la fille du Roi Gradlon,
Le feu de l'enfer en son coeur,
A la tête de la débauche,
Mène à sa suite la ville à sa perte.

Saint Gwenolé, avec peine de coeur,
Est venu trouver son père bien souvent,
Et avec pitié, l'homme de Dieu,
A dit au Roi :

"Gradlon, Gradlon, prêtez attention,
Aux désordres que mène Ahès,
Car le temps sera passé,
Quand Dieu jettera sa colère".

Et le Roi sage, courroucé,
Sa fille a conseillé,
Mais affaibli par la vieillesse,
N'a plus la force de la combattre.

Fatiguée des reproches de son père,
Et pour quitter son regard,
A construit avec l'aide des mauvais esprits,
Un beau palais près des écluses.

Là, avec ses amoureux,
Il y a le soir des aubades,
Là, dans l'or et les perles,
Comme le soleil, Ahès rayonne.
 

 

 

 

Sources :

Article Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ys

Article Bretagne.net : http://www.bretagne.com/

 

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