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En
1316, quatre ans après son avènement Jean III abandonna l'échiqueté de
Dreux, pour le semé
de mouchetures d'hermine,
dit en héraldique française "bannière d'hermine plain". Elle sera utilisée
jusqu'au
XVIe siècle.
Les raisons de cette modification tardive (les changements d'armoiries
étaient rares au
XIVe siècle
chez les grands princes) et remarquable ont été analysées par Michel
Pastoureau :
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Jean III
entretenait d'exécrables relations avec sa marâtre Yolande de Dreux
(mère de son demi-frère Jean de Montfort) et était en procès avec elle
au sujet de l'héritage de son père le défunt duc Arthur II. Yolande,
issue de la même famille de Dreux que Jean III, portait les mêmes armes
que lui. Or l'héraldique médiévale était un élément du droit. Porter les
armoiries ducales signifiait partager l'autorité et les propriétés
ducales. Jean III ne pouvait l'accepter de sa marâtre et puisqu'il ne
pouvait lui interdire le port des armes de Dreux, il aurait décidé d'en
changer lui-même.
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Le fait que
ces armoiries de Dreux étaient brisées (la bordure de gueules) et
surbrisées (le franc-quartier d'hermine) signalait qu'elles étaient les
armes d'un cadet, peu convenables pour une grande principauté. Elles
faisaient aussi de la Bretagne une dépendance héraldique du petit comté
français de Dreux. Des armes simples qui lui soient propres étaient
souhaitables pour la Bretagne de ce point de vue.
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Les
couleurs de l'échiqueté d'azur et d'or indiquaient au
XIIIe siècle
le cousinage capétien avec les rois de France, élément alors valorisant.
Mais au
XIVe siècle,
les fleurs de lys étant devenues l'élément central de l'héraldique
royale française, l'échiqueté avait perdu son prestige initial.
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La fourrure
d'hermine avait gagné en valeur du
XIIIe siècle
au
XIVe siècle, et doublé celle du Vair
(ou petit-gris), auparavant plus cotée. L'hermine était désormais perçue
comme la fourrure des rois et des juges.
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Surtout
l'hermine, sorte de "semé de mouchetures d'hermine" répondait,
esthétiquement et symboliquement, au semé de fleurs de lys des rois de
France.
Cette
représentation avec des mouchetures d'hermine de nombre et de forme
variables est reprise dans les armes de plusieurs villes. Actuellement,
les escadrons de la gendarmerie française en Bretagne portent un écusson
d'hermine plain comme signe distinctif, presque semblable à l'écu ducal.
En Limousin la gendarmerie porte l'écusson des Penthièvre, cadets de
Bretagne héritiers du Limousin : « d'hermine à la bordure de gueules »
(avec un encadrement rouge).
À noter une
différence courante de langage : en langage héraldique l'hermine désigne
une fourrure mouchetée de noir, alors que sur ce drapeau le mot "hermine"
désigne couramment la moucheture elle-même. À noter aussi une double
évolution de sens : dans l'imaginaire actuel, la moucheture maintenant
appelée "hermine" symbolise l'animal, alors qu'en héraldique elle
représente simplement la queue noire de l'animal attachée par couture ou
agrafe à la pelisse blanche. L'évolution de sens est liée au dessin qui
présente une ressemblance morphologique avec l'animal entier.
Le nombre et
la forme des mouchetures d'hermine, ou queues d'hermine, varie selon le
temps, le lieu et l'artiste qui les représente, sans que cela ait aucune
signification autre qu'esthétique. Elles ont à leur base de neuf à trois
pointes, voire une seule. À leur tête, trois mèches ou trois points
figurent les points de couture par lesquels on fixait les queues d'hermine
à la fourrure. Au contraire des fleurs de lys, les queues d'hermine ne se
coupent pas au bord du drapeau ou de l'écu, lorsqu'elles sont représentées
selon la tradition bretonne.
Au
XIVe siècle,
(si l'on en croit une miniature peinte au siècle suivant) pour reconnaître
les troupes des deux armées bretonnes opposées lors de la guerre de
Succession de Bretagne,
les deux ducs rivaux font usage, en même temps que
les traditionnelles bannières d'hermine, d'étendards de couleur unie :
tout blanc pour Charles de Blois, tout noir pour Jean IV |