
Pourmenadenn Gwernachanae
La promenade de Guernachanay
Anjela Duval
© Kuzul ar Brezhoneg
D’an arzour yaouank Peir Simona.
Div eur. Dour-bil. Ne zeuint ket.
Ma ! Gwell a se !
Re drist eo dremm va bro dindan ar glav
Hentoù kailharet. Gwez noazh o ouelañ dourek
War doufleziadoù drez ha lastez.
Louet an oabl. Louet ar vein.
Pennoù teñval. Mouzhet. Rec’het.
Ar glav a dav. Trouz ur c’harr.
Setu int. Ha ni en hent. Arzourien int o weladenniñ
Breizh… Mein Breizh. Dismantroù Breizh.
Eskern, relegoù an tremened
Hiziv, Gwernachanae : Maner-Meur ar Goadmoc’hanted
Gwechall.
Hentoù moan. Plegioù krenn. Spern-du a bep tu o bleuñv
O vleuniañ abaf ha rividik.
Bleuñv skañv… ful-erc’h.
Ar C’hozh-Varc’had. Ti-kozh Lafayette.
Ar gar. Ur c’hrav sonn. Pilieroù mein.
Rubezenn, tuchenn noazh, gwelva digor
War venezioù Are. Bre. Hogene, ar menez ruz :
Gwalenn-gein ar vro
Ha tourioù. Tourioù tro-dro.
Pilieroù mein adarre. Un alez derv ha kistin :
Run-Riou… Va c’halon a drid :
Maeronez. Kendirvi kozh-Noe. Kozhiaded serzh ha seder :
Karourien an douar
Ar ouenn-se o vont da get « Les derniers hommes libres ».
Arrebeuri kozh. Daou c’hant vloaz ?
Ouzhpenn… tri bloaz. Tri bloaz-pad
En doa labouret ar micherour (kent-arzour) en ti va zad-you-kozh,
Ha teurgnet gwerzhidi, rodoù-heol :
Stered en ivin hag en derv.
Un armel vihan e-kreiz al listrier :
Armel-sakr e-pad an dispac’h bras.
Hendraoù dellezek a zoujañs…
Kalvar Sant-Yann adsavet. Ar feunteun.
Mein war vein. Mein bras ponner.
Ur biramidenn vein, warni ur sant
Yann bugel, bihan, mistr, koant :
Ael hep divaskell. Enebefed iskis
Gant ar vein benet-fraost en-dro d’ar feunteun.
’N ur park ur savadur mein.
Mentek. Krenn. Toenn volz mein geotennet :
Ar c’houldri. Pilieroù c’hoazh.
Un alez etre div regennad gwez-fav.
Hanter an alez ! Stop !… Ur gazeg a dreuz
An hent d’ar c’haloup war-zu ar c’hoad.
Ur gazeg yaouank. Kreñv. Balc’h.
Digabestr ha dishual : Epona !
Strinket ar ger eus teir galon…
Ur wazhig dour boull a ziver e laouiri bras divent.
Mein bepred.
Ar Maner Meur ! Aner e ziskrivañ
Anavezet gant Breizhiz. Emañ e skeudenn e levr
Istor Breizh.
Arz hag ijin. Meurdez ha kempouez.
Kened ha padelezh.
Ene Breizh !
(Hent an distro)
Milin ar Pont-Meur. Chapel Sant Jili.
Ha tiez, tiez, tiez oc’h aloubiñ ar maezioù !
Tiez simant-houarnet : kasedoù domino
Bouestoù madigoù livet glas ha roz,
Bitrakoù. Breizh gallekaet.
A ! Va Breizh ! Petore louzoù-kousket
A zo graet dit kemer gant Bro-C’hall ?
Kousket eo da ene
Kousket eo da ijin
Kousket da arz
Da awen…
Dindan vein louet.
Poent eo dihun ! Va bro garet
Poent eo dihun !
Emañ hiziv Sul Fask
Mezheven 1965
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La promenade de Guernachanay
Au jeune artiste Peir Simona
Deux heures. Il pleut à torrents. Ils ne viendront pas.
Ma foi, c’est très bien ainsi !
Le visage de mon pays est trop triste sous la pluie
Chemins crottés. Arbres nus pleurant leur eau
Sur des fossés remplis de ronces et de mauvaises herbes.
Le ciel est gris. Grises les pierres.
Têtes sombres. Fâchées. Affligées.
La pluie cesse. Le bruit d’une voiture.
Les voilà. Nous nous mettons en route. Des artistes en visite en Bretagne… Pierres de Bretagne. Ruines de Bretagne.
Ossements, reliques du passé
Aujourd’hui Guernachanay : le château des Koadmoc’han
Autrefois.
Chemins étroits. Tournants abrupts. L’épine noire fleurit partout
Timide et frileuse.
Fleurs légères… flocons de neige.
Le Vieux-Marché. La vieille maison de Lafayette.
La gare. Une côte raide. Des piliers de pierre.
Rubezenn, tertre nu, panorama ouvert
Sur les monts d’Arrée. Sur le Bré. Hoguéné, la montagne rouge :
Colonne vertébrale du pays
Et des clochers. Des clochers tout autour.
Encore des piliers de pierre. Une allée de chênes et de châtaigniers :
Run-Riou. Mon cœur bat :
Marraine. Mes cousins très vieux. Des vieillards robustes et enjoués :
Des amis de la terre
Cette race-là se perd, « Les derniers hommes libres ».
De vieux meubles. Deux cents ans ?
Plus de… trois ans. Pendant trois années entières
L’artisan avait travaillé dans la maison de mon arrière-grand-père
Il avait tourné des fuseaux, des roues solaires :
Des étoiles dans le chêne et l’if.
Une petite armoire au centre du vaisselier
A servi de tabernacle pendant la Révolution.
Antiquités dignes de respect…
Le calvaire de St-Jean relevé. La fontaine.
Pierres sur pierres. Grosses pierres lourdes.
Une pyramide de pierre, portant un saint
L’enfant Jean, petit, fin, ravissant :
Un ange sans ailes. En étrange opposition
À la pierre grossièrement sculptée qui entoure la fontaine.
Dans un champ une construction de pierre.
De belle taille. Solide. Un dôme de pierres herbues :
Le colombier. Encore des piliers.
Une allée bordée de hêtres.
La moitié d’une allée. Stop !… Une jument qui traverse
Le chemin au galop vers le bois.
Une jeune jument. Puissante. Arrogante.
Sans licol ni entrave : Épona !
Le nom jaillit de trois cœurs…
Un ruisseau transparent coule dans d’énormes auges.
Toujours de la pierre.
Le Grand Manoir ! Inutile de le décrire
Les Bretons le connaissent. On voit sa silhouette dans le livre
D’Histoire de Bretagne.
L’art et le génie. La grandeur et l’équilibre.
La beauté et la durée.
L’âme de la Bretagne !
(Sur le chemin du retour)
Le moulin de Pont-Meur. La chapelle Saint-Gilles.
Et des maisons, des maisons qui envahissent la campagne !
Des maisons en ciment armé : boîtes de dominos
Bonbonnières peintes en bleu ou en rose,
Joujoux. La Bretagne francisée.
Ah, ma Bretagne ! Quels somnifères
T’a fait prendre la France ?
Ton âme est endormie
Ton génie est endormi
Ton art est endormi
Ton inspiration…
Sous la pierre grise.
Il est temps que tu te réveilles ! Mon pays aimé
Il est temps que tu te réveilles !
Nous sommes le dimanche de Pâques
Juin 1965
(Traduction Paol Keineg)
Contact : armorpassion@aol.com / postmaster@armorpassion.com
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