

Je t'attendais
René-Guy Cadou
Extrait de Hélène ou le règne végétal (éd. Seghers - 1952)
- Je t'attendais ainsi qu'on
attend les navires
- Dans les années de sécheresse
quand le blé
- Ne monte pas plus haut qu'une
oreille dans l'herbe
- Qui écoute apeurée la grande
voix du temps
- Je t'attendais et tous les quais
toutes les routes
- Ont retenti du pas brûlant qui
s'en allait
- Vers toi que je portais déjà sur
mes épaules
- Comme une douce pluie qui ne
sèche jamais
- Tu ne remuais encore que par
quelques paupières
- Quelques pattes d'oiseaux dans
les vitres gelées
- Je ne voyais en toi que cette
solitude
- Qui posait ses deux mains de
feuille sur mon cou
- Et pourtant c'était toi dans le
clair de ma vie
- Ce grand tapage matinal qui
m'éveillait
- Tous mes oiseaux tous mes
vaisseaux tous mes pays
- Ces astres ces millions d'astres
qui se levaient
- Ah que tu parlais bien quand
toutes les fenêtres
- Pétillaient dans le soir ainsi
qu'un vin nouveau
- Quand les portes s'ouvraient sur
des villes légères
- Où nous allions tous deux
enlacés par les rues
- Tu venais de si loin derrière
ton visage
- Que je ne savais plus à chaque
battement
- Si mon cœur durerait jusqu'au
temps de toi-même
- Où tu serais en moi plus forte
que mon sang.

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