Yvon Le Men

 

Photo ©Yann Le Neveu

Un grand merci à Yann Le Neveu, photographe d'écrivains,

 pour m'avoir permis de mettre sa photo d'Yvon Le Men sur Armor Passion.

N'hésitez surtout pas à aller lui faire une petite visite sur son site :

www.photographies.fr

 

Et un immense merci  à Yvon Le Men pour m'avoir donnée carte blanche pour le choix de ses poèmes,

et en me permettant de les mettre sur Armor Passion dans leur intégralité.

 

 

 

 

Extraits :

 

 

 

 

 

 

 

 

Yvon Le Men,  est un poète français né le 10 février 1953.

Il est l'auteur d'une oeuvre importante et depuis son premier livre "Vie" en 1974, écrire et dire sont les seuls métiers d'Yvon Le Men.

A Lannion où il vit, il organise des rencontres intitulées Il fait un temps de poèmes.

"Etonnant voyageur", il participe au festival du même nom et de Saint-Malo à Bamako, de Sarajevo à Sao Paulo, il se fait passeur des poètes et des écrivains.

Par ailleurs, depuis plusieurs années, il travaille dans les écoles avec les enfants pour lesquels il a écrit Ouvrez la porte au loup (1994).

 

 

Le faiseur de poètes

 

"C'est à l'ouest que tout commence. Né à Tréguier, en Bretagne nord, il a quinze ans en 1968. Une première manif et ce petits-fils de militant socialiste apprend qu’il peut crier avec d’autres cette révolte qui sans cesse bat ses tempes. Pas de barricades à défendre en Bretagne mais, comme partout, s’élève un souffle de réalisme qui pousse à demander l’impossible. Il découvre l’extrême gauche, les « maos », « une immense intolérance et une immense générosité ». Déjà, il flirte avec l’écriture. Il se sent « voyant », mais sait que Rimbaud est un autre. Il rêve d’arpenter le monde, mais son territoire est de granit et d’embruns. Il pressent la nécessité de solitude et très vite comprend qu’« il faut rompre avec les autres pour aller vers les autres ». Seule certitude désormais, la prise de risque sera totale, irrémédiable. Il faut être libre pour être poète, Yvon Le Men embrasse sa liberté, elle manquera l’étouffer.

 

Il quitte la fac à dix-huit ans, il veut vivre parmi les gens. Sa mère, femme de service à l’hôpital de Tréguier, élève seule les quatre enfants. Il apprend le froid. Un jour, il reçoit un colis. Pierre-Jean Oswald, remarquable éditeur de poésie, lui adresse les première épreuves de son livre « Vie » et un contrat. Yvon tombe des nues, un prof de la fac avait posté ses textes sans le prévenir. « Lorsque j’ai lu les textes d’Yvon, je me souviens d’un choc. Yvon n’est « que » poète. Il vit sa poésie et c’est très rare », confie vingt-cinq ans plus tard P.-J. Oswald. Ce bouquin est un signe. Dès lors, Yvon Le Men avance, sûr de son chemin. La poésie ne nourrit pas son homme, antienne connue. La scène sera sa bouée de sauvetage, son casse-dalle de rattrapage. En octobre 1972, il a dix-neuf ans, une grève touche l’usine de kaolin à Plémet (Côtes-d’Armor). Le poète face aux ouvriers dit ses textes, tous l’écoutent. Début d’une longue série qui verra la silhouette fine de l’aède rebelle dire, face aux grévistes du Joint français ou encore, au printemps dernier, pour soutenir les licenciés d’Alcatel. « En Bretagne, la parole est forte. Les conteurs, les chanteurs, etc., il existait donc un certain terreau. L’écriture, c’est la solitude et l’absence. La scène, c’est la présence, le partage. J’ai besoin de ces deux chemins. » Pendant des années, malgré des publications régulières, seuls les concerts lui permettent de survivre. « Yvon sur scène, c’est exceptionnel. Lui qui est si vif, plein d’humour et doux, face au public il peut faire peur. C’est quelqu’un de terriblement authentique, son humilité est absolue. Ce pari qu’il a fait de vivre en poésie, totalement, sans aucune concession me fascine », explique Michel Le Bris, écrivain, philosophe et directeur du festival « Etonnants Voyageurs » de Saint-Malo.

 

Joyeux compère au regard noir, Yvon Le Men trimbale ses années de galère en bandoulière. Pas de plainte, juste quelques anecdotes, pour rire, sourire. Comme ce dîner où, invité par l’ambassadeur de France en Finlande, il perd quatre molaires à table, la malnutrition lui en emportera une douzaine au fil du temps. Des souvenirs que l’on réchauffe aujourd’hui dans la petite maison de Lannion, tard le soir avec un poète marocain de passage et deux bouteilles de vin bon. Il y eut aussi la ferme, où il dormait sans chauffage, et le plancher qui s’effondra lorsqu’il tentait de se réchauffer en sautillant sur place. « Je n’habite dans des maisons dotées de chauffage que depuis dix ans, je crois que je ne me réchaufferai jamais », sourit l’écrivain.

 

Mais, à force de semer ses mots, son territoire de poésie s’étend. Pour oublier des chagrins, la solitude parfois terrible, il traque la sincérité derrière les textes de ceux qui, comme lui, ont fait voeux de mots. Orphelin à douze ans d’un père cantonnier - « d’une certaine façon, j’aurais toujours douze ans » -, il tisse des liens étroits avec Jean Malrieu, Xavier Grall et Eugène Guillevic. « Eux aussi, je les ai perdus. Mais ils m’ont tellement donné. Eugène, lui, était un poète du sous-sol. Moi plutôt du ciel, peut-être. Nous nous sommes rencontrés sur la terre. »

 

S’il avoue ne pouvoir s’éloigner trop longtemps de la boucle que le Léguer dessine en bas de sa maison avant d’aller lentement se noyer dans la mer, Yvon Le Men quitte de plus en plus souvent son estuaire pour « faire des poètes ».

Dans les écoles, il propage « l’amour de raconter ». Dans sa ville de Lannion, il invite au Carré magique des poètes qui disent leurs textes et dialoguent avec un public de plus en plus nombreux. Dans son oeuvre, depuis deux ans, la prose se mêle au poèmes. Raphaël Sorin, directeur littéraire chez Flammarion, vient d’éditer « La clef de la chapelle est au café d’en face » (1), un recueil de nouvelles denses comme le granit. « Il est très difficile et rare de croiser un auteur capable de faire de la prose proche de la poésie sans que cela soit de la prose poétique. Yvon Le Men me fait penser à Claude Vigée, Pierre Michon et quelques autres, ils ont en commun l’exigence, c’est rare », commente Raphaël Sorin.

 

Sa connaissance encyclopédique de la poésie du monde entier lui ouvre des univers étonnants et les invitations à l’étranger se multiplient. Toujours mêler le lieu et le mot. La Bretagne bruisse sous ses poèmes. Impossible de chasser l’origine. Le lien est trop fort. « La terre passe ici - Yvon Le Men montre la forêt qui au bout de son petit jardin plonge jusqu’à la rivière. Je suis là. C’est tout. Je ressens une certaine sécurité sur la terre natale. Mais, attention, je préfère l’idée de communauté à celle de clan. » « Va à l’étranger comme chez ton ami. Et chez ton ami comme à l’étranger. »

Toujours ce souci de l’autre, d’aller vers, en se hissant jusqu’à lui, doucement mot après mot."

 

FABRICE LANFRANCHI

Extrait de l'article paru le 6 décembre 1997 dans l'Humanité

http://www.humanite.fr/1997-12-06_Articles_-Le-faiseur-de-poetes

 

 

   Son oeuvre

  • Vingt ans, éd. La Passe du vent, avril 2009

  • Si tu me quittes, je m'en vais, éd. Flammarion, mars 2009

  • Chambres d'écho, éd. Rougerie, mars 2008

  • Toute vie finit dans la nuit, avec Claude Vigée, Parole Et Silence Eds, 2007

  • Besoin de poème, Le Seuil, mars 2006

  • Lannion, éd. Apogée, 2005

  • Douze mois et toi, éd. Millan, 2005

  • Un carré d'aube, éd. Rougerie, 2004

  • Presqu'une île, sentier des douaniers en Bretagne, photographies de Georges Dussaud, éd. Ouest France, 2004

  • Elle était une fois, éd. Flammarion, 2003

  • Chiens de vie, photographies de Georges Dussaud, éd. Terre de Brume, 2002

  • Le jardin des tempêtes, (choix de poèmes), éd. Flammarion, 1971 - 1996 - 2000

  • Le loup et la lune, éd. Rougerie, 2001

  • Nous sommes des enfants de vouloir des enfants, éd. La Part Commune, 1999

  • On est sérieux quand on a dix-sept ans, éd. Flammarion, 1999

  • Le Trégor, éd. Apogée, 1999

  • Jean Malrieu, la parole donnée, avec Pierre Dhainaut, éd. Paroles d'Aube, 1998

  • Létoile polaire, éd. Paroles d'Aube, 1998

  • L'écho de la lumière, éd. Rougerie, 1997

  • La clé de la chapelle est au café d'en face, éd. Flammarion, 1997

  • Une rose des vents, entretien avec Christian Bobin, éd. Paroles d'Aube, 1997

  • Il fait un temps de poème, anthologies, éd. Filigranes, 1996

  • Le vitrail, photographies de Chantal Cannon, éd. Filigranes, 1996

  • Le petit tailleur de short, éd. Flammarion, 1996

  • Fragments du royaume, conversation avec Michel Le Bris, éd. Paroles d'Aube, 1995

  • La patience des pierres suivie de l'échappée blanche, éd. Rougerie, 1995

  • Ouvrez la porte au loup, éd. Gallimard, 1994

  • A l'entrée du jour, éd. Flammarion, 1994

  • Un livre d'heures, photographies de Georges Dussaud, éd. Filigranes, 1992

  • L'échappée blanche, éd. Rougerie, 1991

  • Le chemin de halage, éd. Ubacs, 1991

  • Quand la rivière se souvient de la source, éd. Picollec, 1988

  • Mama, éd. Artus, 1987

  • A l'entrée du jour, éd. Flammarion, 1984

  • La nuit bleu marine, illustrations de Tanguy Dohollau, éd. Chant Manuel, 1984

  • Le pays derrière le chagrin, éd. Gallimard, 1979

  • Vie, éd. L'Harmattan, 1977

  • Dis, c'est comment la Terre ? éd. L'Harmattan, 1976

  • En espoir de cause, éd. Pierre-Jean Oswald, 1975

Sources

    Photo Yvon Le Men de Yann Le Neveu : www.photographies.fr

    Yvon Le Men : (article Printemps des poètes) : http://www.printempsdespoetes.com/le_livre/moteur.php?fiche_poete&cle=330&nom=Yvon%20Le%20Men

    Yvon Le Men (article "Le faiseur de poètes" - Humanité) : http://www.humanite.fr/1997-12-06_Articles_-Le-faiseur-de-poetes

 

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